CO-ORGANISE PAR L’INSTITUT DES SCIENCES HALIEUTIQUES ET L’INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT DANS LE CADRE DU PROGRAMME OUTREACH TO AFRICA

 Le 07 novembre 2014 s’est déroulé à l’Institut de Sciences Halieutiques (ISH) de l’Université de Douala à Yabassi un séminaire de formation à l'utilisation des outils de la géochimie et sensibiliser le public aux questions du changement climatique et d'une de ses conséquences : la remontée du niveau marin. Ce séminaire a été animé par le Dr Pierre DESCHAMPS, Géochimiste, Chercheur à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), attaché au groupe Centre de Recherche et d’Enseignement de Géosciences de l’Environnement (CEREGE) sous le regard de Mme le Directeur de l’ISH, le Pr TOMEDI EYANGO Minette épse TABI. Le séminaire organisé à l’ISH est une articulation de la série de séminaires organisés et financés par l’European Association of Geochemistry (EAG) et le Geochemical Society (GS) dans le grand programme « Outreach to Africa ».


CONTEXTE ET DESCRIPTION

Le séminaire de formation qui a eu lieu à l’ISH ce 7 novembre, entre dans le cadre des activités de formations et de recherches prévues par la convention de recherches signée entre l’IRD et l’Université de Douala le 15 avril 2014. Soutenu par l'IRD et l'Université de Douala (UD), ce séminaire avait pour double objectif d'initier les étudiants du niveau Master de l’Institut des Sciences Halieutiques à l'utilisation des outils de la géochimie et les sensibiliser aux questions du changement climatique et d'une de ses conséquences : la remontée du niveau marin.

1ière Articulation : « Les Variations du niveau des mers : Hier, Aujourd’hui et Demain »

A la suite du mot d’ouverture de Madame le Directeur, le Dr DESCHAMPS a fait une brève présentation du contexte de sa présence au Cameroun et précisément à Yabassi.

Dans ses mots, il a présenté tour à tour le programme « Outreach to Africa » et ses différents sponsors à savoir EAG et GS sans oublier le groupe de recherche auquel il appartient CEREGE qui est une des équipes spécialisées de l’IRD. Pour optimiser la compréhension de cette partie sur la variation du niveau de la mer, l’exposé est organisé en trois phases.

  • Phase I : Variations du niveau de la mer Hier

Des principaux archives paléo-climatiques (de récif de corail, des carottes de glace) des variations du niveau de la mer, il a été montré que dans le passé il y a eu variation. Soit en 20 000 ans une augmentation de 100 m environ, dix fois plus qu’une diminution du niveau qui a demandé 80 000 ans.

Par des illustrations, le Dr DESCHAMPS montre que le niveau de la mer a été à -36 m du niveau actuel (grotte Cosquer). Que le niveau de mer a augmenté (60 m) il y a 21 000 ans du fait de la fonte de la principale calotte sur le contient américain qui aurait libéré les blocs erratiques qui servent de témoins.   

A la question de savoir comment fait on pour avoir les informations sur le niveau de la mer dans le passé, des outils géochimiques sont présentés et la théorie astronomique :

                 La loi de fractionnement isotopique de l'oxygène (δ18O) 
Plus le δ18O des carbonates du test des Foraminifères benthiques (à température constante) est élevé plus le δ18O de l'eau de mer est élevé ;
Une variation de δ18O correspond à une variation de 100 m du niveau de la mer.

                La théorie astronomique du climat est utilisée pour expliquer les variations du climat et du niveau des mers. L’énergie reçue par la terre est contrainte par les paramètres orbitaux d’où les différences de densité dans l’atmosphère et les océans qui génèrent les mouvements (vents et circulations océaniques).

  • Phase II : Variations du niveau de la mer Aujourd’hui

Ici l’orateur parle de la variation eustatique actuelle du niveau marin.  Il montre pour commencer la différence entre l’étude du l’eustatisme du passé et celui d’aujourd’hui. De nos jours, les observations des hauteurs des mers sont obtenues grâce au dépouillement des mesures historiques par les marégraphes. Et plus récemment grâce aux mesures par satellites. 

La reconstruction du niveau globale de la mer à l'aide des mesures marégraphiques fait ressortir une élévation significative d'environ 1,7 mm/an du niveau de la mer au cours du XXe siècle. Pour plus de 15 ans de mesures d’altimétrie de haute précision par satellite et  les observations de la marée indique toujours une élévation du niveau moyen de la mer de 3 mm/an.

Dr DESCHAMPS précise quelques causes de l’augmentation du niveau de la mer :

  • La température croissante dans le système Terre-Atmosphère, occasionnant un réchauffement continu des océans (dilatation thermique de l’eau) ;
  • La destruction de la calotte polaire ;
  • La fonte des glaciers continentaux. 
  • Phase III : Variations du niveau de la mer Demain

La hausse du niveau de la mer constitue une menace sérieuse pour de nombreuses régions côtières. Nous savons aujourd’hui que cette importante variabilité régionale est causée principalement par la distribution non uniforme de la chaleur dans l’océan. On s’attend en effet à une hausse accrue du niveau de la mer au cours du XXI siècle; à cause de la dilatation thermique de l’océan qui se poursuivra, et surtout à cause de la fonte des glaces continentales. Si la calotte polaire du Groenland venait à disparaître, le niveau de la mer s’élèverait de 7 m! Un tel événement, s’il se produisait, prendrait cependant plusieurs millénaires.

L’orateur affirme qu’on ne connaît pas encore avec précision ce que sera la contribution des calottes polaires au niveau de la mer des prochaines décennies. Mais certaines estimations récentes suggèrent qu’une hausse moyenne de la mer de l’ordre de 0,5m à 1m n’est pas à exclure à l’horizon 2100, pour le model le moins alarmant; avec cependant de fortes variations d’une région à une autre.

En définitive le Dr Pierre DESCHAMPS dit que pour connaitre le niveau de la mer passé, il faut procéder par la méthode indirecte qui consiste à utiliser les marqueurs du temps (organismes marins, sédiments…). Pendant que de nos jours, c’est la méthode de mesure directe (observations par satellites et mesures marégraphiques) qui permet de comprendre les variations actuelles. Les informations du passé permettent alors de moduler celles du présent pour comprendre les variations futures des mers.

 

2ème  Articulation : « Le Changement Climatique, ses Impacts sur le Continent Africain»

Ce concept émane d’une prise de conscience mondiale que, du fait du réchauffement climatique, une menace croissante repose sur la santé, les perspectives économiques, ainsi que sur la sécurité alimentaire et la disponibilité des ressources en eau pour des milliards de personnes. Environ 30 000 références scientifiques parlent des changements climatiques. Mais, malgré les rapports de sensibilisations produits par le Groupe Intergouvernemental pour l’Evaluation des Changements Climatiques (GIEC), il existe une catégorie de personnes (climato-septiques) qui pensent que le réchauffement climatique est une invention du GIEC à des buts mercantiles. Ayant ainsi situé son caractère controversé, l’orateur a défini quelques notions de base et décrit les mécanismes climatiques. 

Ainsi, il ne faut pas confondre Climat et Météorologie qui sont :

  • Le Climat : Ensemble des conditions atmosphériques et météorologiques d’une région géographique donnée pendant un temps donné ;
  • La Météorologie: étude des phénomènes atmosphériques tels que les nuages, les précipitations ou le vent dans le but de comprendre comment ils se forment et évoluent en fonction des paramètres mesurés tels que la pression, la température et l'humidité.

En plus des facteurs astronomiques de la variabilité du climat, la grande diversité à la surface du globe est responsable des différences de climat. La sphéricité du globe créé une inclinaison du rayonnement solaire qui arrive sur terre. Ce qui est implique plus d’énergie à l’Equateur qu’aux Pôles.

Par la suite l’orateur montre que la variabilité de la température est intrinsèque de la machine climatique. La température moyenne de surface globale augmente en fonction de l'augmentation mondiale des
Gaz à effet de serre dans l'atmosphère: les émissions des combustibles fossiles principalement ainsi que le bilan net des émissions de la terre. Les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone (CO2) et autres gaz à effet de serre ont atteint des niveaux sans précédent dans au moins les 800 000 dernières années. Mais l’Effet de Serre en elle-même a toujours existé (sans effet de serre, la température moyenne de la terre serait de – 18°C, avec l’effet de serre elle est à 15°C). Ces émissions de gaz à effet de serre augmentent plus vite que prévu et le monde se réchauffe plus rapidement.

Après avoir indiqué les causes des changements climatiques actuels à savoir : l’évolution récente des gaz à effet de serre qui implique une augmentation de la température (taux d’augmentation de 1°C/an en 100 ans), le Dr pierre DESCHAMPS a évoqué le dernier rapport du GIEC dans lequel il apparait clairement que le réchauffement climatique se fait ressentir partout avec des effets catastrophiques tels que l'accélération de l'élévation du niveau de la mer, les sécheresses, les inondations, les tempêtes et les vagues de chaleur. Dans ce rapport, les scénarii de projections indiquent une augmentation de la température allant de 0,5 à 4°C à l’horizon 2100.

Face à ceci, l’Afrique apparait comme le continent le plus vulnérable. Le déficit pluviométrique observé de 1970 à 2000 sur la zone sub-Sahélienne est le plus fort de la planète. Des impacts sont observables sur les débits des fleuves. La superficie du Lac Tchad est passée de 20 000 km² en 1973 à 7000 km² en 2001.

Les prévisions sur l’Afrique.

Quelques modèles climatiques existent pour le climat Ouest Africain et montrent une augmentation de la température moyenne annuelle par rapport à celle de la fin du 20ème siècle qui est susceptible de dépasser 2°C à la fin de ce siècle. Dans les scénarios d'émissions élevées, les températures moyennes annuelles peuvent même atteindre 3 à 6 °C. En outre, une réduction des précipitations est probable en Afrique du Nord et les parties du sud-ouest de l'Afrique du Sud à la fin du 21ème siècle.

Mais globalement, il est difficile de fournir un scénario d'évolution sur cette région. Une acquisition des données sur une période importante permettra de fournir un jeu de données unique pour valider les modèles, d’amélioration de la représentation des processus dans les modèles et d’amélioration des simulations et des prévisions.

CLOTURE DU SEMINAIRE

Il est précisément 15 h quand Mme le Directeur de l’ISH, Coordonnateur du séminaire a remercié l’hôte pour l’esprit dans lequel il a conduit sa mission à Yabassi. Elle poursuit son propos en disant combien cette formation est importante pour l’Afrique, le Cameroun et particulièrement pour les Enseignants et Etudiants de l’ISH. Elle recommande alors un esprit de travail en équipe pour monter des projets de recherches capables d’aider à l’optimisation et à l’amélioration des connaissances dans les sciences environnementales. Un défit majeur est celui d’élaborer les modèles de prédictions répondants aux réalités locales.

Comme cela est de coutume à l’ISH, le Directeur sans faillir, a procédé à la remise de présents au Dr Pierre DESCHAMPS, en guise de remerciement et de reconnaissance pour la qualité de la formation.


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